Au coeur de l'Autre bord du lac - 1943

Au coeur de l'Autre bord du lac - 1943
Source: BAnQ - détail d'une carte postale 1943 - numérisation Gaston Gravel

vendredi 23 janvier 2015

En chemin

Quatre fois par jour, de la rue Saint-Augustin jusqu'à l'école Saint-Zéphirin c'était toute une marche, surtout quand on a dix ans et que c'est l'hiver.  Et dire que pendant le carême, il fallait en plus aller à la messe de 7 heures, revenir à la maison pour déjeuner, puis repartir pour l'école... quarante jours, c'était très long, très très long !

Heureusement, ce trajet de plus d'un kilomètre et demi était joliment agrémenté:  le petit lac, les magasins, le chinois, le poste de police, les quincailleries, les garages et la boulangerie.

Au retour à midi, en entrant dans la maison, ma mère qui avait préparé le dîner, écoutait les Joyeux Troubadours à la radio de Radio-Canada et on aurait dit qu'à chaque fois, nous arrivions alors que Jean-Maurice Bailly, Estelle Caron, Gérard Paradis entonnaient:  

"Toc...toc...toc... qui est là... les Joyeux Troubadours... mais entrez voyons... entrons... durant toute la semaine... les Joyeux Troubadours... ont confiance en leur veine et rigolent toujours... ce sont des philosophes... au lieu de s'affoler... devant une catastrophe... se mettent à répéter... ne jamais croire... toutes ces histoires... c'est comme ça qu'on est heureux..."


Les Joyeux Troubadours à la place Ville-Marie
entre 1960 et 1970
de gauche à droite (hormis les photographes):  Jean-Maurice Bailly,
Claude Landré (de dos), Estelle Caron et Gérard Paradis
Photo:  Antoine Désilets  Source:  BAnQ

En 2011, j'ai publié aux Éditions d'art Le Sabord L'Autre bord du lac, un recueil de petites histoires poétiques dont celle-ci que j'ai illustrée dans mon carnet avec beaucoup de plaisir.




En chemin


Vingt minutes de marche
quatre fois par jour
quand on a dix ans
c’est assez
pour avoir quelques idées


Détail d'une carte portale - 1943
Source:  BAnQ

descendre la rue Saint-Augustin
piquer par le lac
monter la côte entre les maisons
attention 
il y a un chien boxer à droite





Vers 1955
Source:  Appartenance Mauricie

à droite justement
avant l’église
passer sur la galerie
qui la sépare 
de la salle paroissiale
pour déboucher 
devant le couvent des soeurs





Source:  BAnQ



longer le jardin du presbytère
pisser dans les chaudières 
à eau d’érable des curés
c’est toujours ça de pris




Plan de 1955  Source:  BAnQ



faire un doigt d’honneur
va savoir pourquoi
au Chinois blanchisseur
dans sa cabane jaune orange







Magasin à rayons Spain vers 1950
Source:  Appartenance Mauricie


passer par les grands magasins
pour faire un arrêt 
dans le département des jouets
question de Etch-a-sketch





Le vieux marché
derrière le poste de police
Source:  inconnue


contourner le poste de police
par en arrière
pour voir au travail
la chambre à gaz des chiens errants







Quincaillerie J.-O. Lejeune
Source:  Appartenance Mauricie


faire du lèche-vitrine
devant les quincailleries
pour admirer les couteaux de chasse
les arcs à vingt livres de pression
et les perdrix empaillées











vider les retours de change
des cabines téléphoniques
et tourner les manivelles
des pompes à essence








acheter des négresses 
à trois pour une cenne
avec l’argent destiné aux Chinois

tout faire pour ne pas éviter
la flaque d’eau
on dira qu’il a mouillé en haut



Détail d'une carte postale, vers 1944
Boulangerie Fluet
Source:  LTGLE - Pierre Cantin


continuer en courant
parce qu’on a trop niaisé
passer devant la boulangerie
pour sentir les brioches à la cannelle






Source:  archives des Frères Maristes

longer le mur du collège
jusqu’aux racks à bicycles
tournez à gauche

vous êtes en enfer





©  Michel Jutras






1 commentaire:

  1. En chemin pour aller au collège St-Zéphirin, on passait par un raccourci qui était un passage "secret" entre l'église St-Zéphirin et la salle paroissiale. Y faisait noir dans cet espace. On disait qu'on passait par le tunnel! Et puis au retour, en hiver, on descendait la côte du Couvent en glissant! Il y avait toujours des vieux cartons qui traînaient. On s'assoyait dessus et ça descendait en grand! Parfois, il n'y avait pas de carton, alors on descendait sur nos sacs d'école!

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