Au coeur de l'Autre bord du lac - 1943

Au coeur de l'Autre bord du lac - 1943
Source: BAnQ - détail d'une carte postale 1943 - numérisation Gaston Gravel

dimanche 8 décembre 2013

La côte Saint-Michel

L'école Saint-Michel, toute blanche, trônait sur la côte du même nom au bout de la rue Saint-Augustin.

Source:  BAnQ

Pendant l'été,  le pied de la côte nous servait de terrain de baseball.  Nous disions baseball mais en fait il s'agissait de softball par la façon dont on lançait la balle et par la nature de la balle elle-même qui, par son usure, s'apparentait davantage à un pamplemousse, dont elle avait le poids, enveloppé de cuir ramolli par tous les coups reçus.  Et que dire du bâton avec lequel nous frappions cette balle:  taillé grossièrement dans un rondin, il avait un poids énorme et aurait fait la fierté d'un chasseur préhistorique assommant un mammouth.

Aussitôt que nous étions une dizaine de joueurs, gars et filles, les Fortin, Desroches, Boutet, Jutras, Chouinard, Duchesneau, Lebel, Charland et Mercier, nous formions deux équipes, délimitions les trois buts et le marbre avec des bouts de carton et débutions la partie.  Un beau jour, un gars s'est présenté avec un vrai bâton et une vraie balle de baseball, ce fut le début de la fin de nos battes équarries à la hache!

L'hiver nous y glissions après l'école et souvent en soirée, après le souper.

La pente du milieu était celle que nous préférions.  On y glissait avec nos traîneaux en bois avec des lisses de fer et des poignées pour le diriger peintes en rouge.  Mon père préférait glisser avec son traîneau à chien qui lui avait servi, quand il était petit, à rapporter du bois de chauffage à la maison avec son chien Noirot.

Mon père et moi avec le traîneau à chien
Hiver 1955-1956

Un jour, des "soucoupes" en aluminium firent leur apparition et connurent beaucoup de succès;  nous voulions tous en avoir une. Les traînes sauvages étaient surtout utilisées par les filles de notre quartier.  Je me souviens qu'Évelyne Mercier, de la rue Saint-Augustin, en avait une magnifique à cinq places.  Mais le plus grand de nos petits bonheurs, c'était de trouver un bout de prélart assez grand pour y embarquer à plusieurs.  Dieu que ça descendait vite!

1951 (lieu non identifié)
Source: Archives nationales du Québec à Québec

La pente du côté Est était réservée aux glisseurs plus téméraires.  Il y avait des bosses énormes qui permettaient bien des fantaisies aux adeptes du "branle-cul", cet espèce d'instrument composé d'un vieux ski sur lequel avait été fixé un 2x4 supportant une planche assez large pour s'y asseoir tout en permettant aux pieds de traîner de chaque côté.  L'objectif:  conserver son équilibre jusqu'au bas de la côte.  Une bonne partie de cette pente était longée de pins gris qui constituaient une réelle menace pour les descendeurs.

Du côté Ouest, la pente était plus douce mais elle était toujours glacée.  Et en plus, elle longeait la cour arrière d'une maison qui ne payait pas de mine et où étaient attachés à leur cabane deux chiens esquimaux qui aboyaient et voulaient nous manger tout rond...  du moins c'est le souvenir que j'en ai gardé !  J'ai écrit dans mon livre L'Autre bord du lac un petit texte que j'ai intitulé Les chiens et qui rappelle nos glissades à la côte Saint-Michel.


Les chiens

Ils s’appelaient Rex et Prince
régnaient sur la côte Saint-Michel
et malgré leurs noms
ils étaient enchaînés

deux chiens, des vrais
forts en gueule
des chiens esquimaux 
malheureux et féroces

chacun dans sa cabane
guettant les glisseurs
affamés sans doute

nous en avions peur 
autant que des propriétaires
qui nous surveillaient
eux aussi 

pour descendre
la côte du milieu était plus safe
celle de côté
toujours plus glacée
beaucoup plus risquée

c’est là qu’ils nous attendaient
ces chiens 
qui n’avaient rien demandé
qui ne servaient à rien

ces puckés et ces maltraités
ces mésadaptés sociaux
s’enrageaient de la vie des autres

ces drogués de la chaîne et du choke
n’espéraient au fond qu’une chose

changer de nom pour Noirot


©  Michel Jutras

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